par Gérard GOSSELIN
La société québécoise, une
société en voie de désintégration,
engagée dans un déclin accéléré,
menaçant sa survie, à moins d'un ressaisissement
vigoureux des pouvoirs publics et d'une politique familiale globale.
« Pour une petite société comme nous,
le niveau actuel de dénatalité, c'est mortel.»
René Lévesque, 1985
Nous sommes un tout petit peuple en Amérique, le seul peuple d'origine et de culture française sur le continent américain. À peine sept millions d'habitants. Si, après avoir survécu à la conquête britannique, coupé des liens vitaux avec la Mère Patrie pendant 200 ans, le Québec a pu grandir, s'affirmer au coeur de l'Amérique dans son identité française, c'est avant tout grâce à une vie familiale forte, facteur de cohésion qui a apporté davantage que la survivance. Le Québec a produit une société tout à fait originale sur ce continent.
La menace
Mais la société québécoise des années 2000 apparaît menacée d'extinction par l'effet d'une érosion qui pourrait être fatale. Les fondements même de cette société sont attaqués. Pourtant, nous avons pu illustrer au cours de ce 20ème siècle une vitalité étonnante, témoigner d'une vie communautaire riche et particulièrement inventive, alors que, pendant la plus grande partie de ce siècle, nous étions une société pauvre. Nous avons construit un capital collectif à partir de rien, pratiquement; nous avons érigé des entreprises, dont certaines font notre fierté dans le monde. Nous diffusons nos meilleurs talents en France, et jusqu'aux États-Unis. Mais notre investissement le plus sérieux, pendant la première moitié du siècle, c'est sur la famille que nous l'avons fait. Ainsi les citoyens québécois ont compté pour près du tiers de la population du Canada (29 % en 1950). Ils comptent aujourd'hui pour moins du quart, avec 24 %.
Érosion des valeurs
Cet héritage est aujourd'hui menacé, compromis
par la forte érosion des valeurs. La promotion de la vie,
et la construction d'un monde d'harmonie et de progrès
pour que les générations futures y vivent plus heureuses,
telles ont été les orientations porteuses qui auront
guidé toutes nos énergies jusqu'à ces dernières
décennies. Mais voilà que tout se passe maintenant
comme si nous avions été happés par l'individualisme
dominant en Amérique, au point de voir nos vies en être
totalement perturbées, alors même que nous nous ouvrions
sur le monde.
Les Québécois ont désormais une vie familiale
fort instable. Nous affichons des taux accablants d'échec
de vie matrimoniale; nous manifestons une désaffectation
importante à l'égard du mariage et de l'engagement
à avoir des enfants. Ce qui ne manque pas d'être
inquiétant pour l'avenir cause bien des dégâts
dans le temps présent. Nous détenons d'autres records
troublants dans l'augmentation des taux de suicide chez les jeunes,
de même que des avortements chez les femmes.
Faut-il encore ajouter que « nous avons, au Québec,
le plus haut taux de stérilisation volontaire au monde
(vasectomie et ligature des trompes!) »-- (c.f. l'entrevue
accordée par la chercheuse Louise Vandelac, dans la revue
Châtelaine de janvier 1999). Comment ne pas supposer
que tous ces phénomènes sont reliés de quelque
façon les uns aux autres?
Naissances et immigration
Voyons de plus près. L'indice de fécondité
au Québec pour 1998 serait confirmé à 1,4
enfant par femme (rapport du Bureau de la statistique du Québec
pour 1998, publié en janvier 1999). Les naissances
qui surviennent chez les Québécoises françaises
de souche pourraient être de 50 % inférieures en
nombre à ce qu'il faudrait pour que le renouvellement des
générations soit assuré dans l'affermissement
du caractère distinctement français de la société
québécoise.
Quoique raffermie dans le créneau d'un recrutement mieux
orienté à assurer l'accueil en plus grand nombre
de nouveaux citoyens francophones, notre politique d'immigration
ne permet pas de rétablir les équilibres mis en
cause par la dénatalité. La croissance démographique
a pris un ralenti depuis quelques décennies, avec un taux
moyen de 0.5 %.
« La croissance migratoire est nettement plus faible au
Québec que dans les autres provinces canadiennes »,
commente la démographe Evelyne Lapierre-Adamcyk,dans
une intervention en mars dernier devant un regroupement d'organismes
familiaux; « par exemple, en 1996, elle était de
0,8 pour mille au Québec, de 9,7 pour mille en Ontario
et de 12,8 pour mille en Colombie-Britannique, de sorte que le
Québec n'accueille qu'environ 15 % des immigrants qui viennent
au Canada, ce qui est plus faible que son poids démographique
dans le pays ».
« Certains démographes prédisent que les francophones
seront minoritaires dans l'île de Montréal d'ici
2005 », rapporte La Presse du 27 avril 1999. Dans
le même article, on peut lire les propos de la ministre
responsable de la politique de francisation, qui ne fait cependant
pas mention du besoin de relever la natalité. « L'avenir
du français et des 2 % de francophones vivant sur le continent
américain, à l'ombre de la plus grande superpuissance
de tous les temps, cela doit devenir un sujet de réflexion
collectif », soutient Louise Beaudoin, qui est également
ministre des Relations internationales.
Moins de jeunes
Le Québec est la province qui fournit le moins de jeunes
de moins de 15 ans parmi toute la population canadienne. 19.2
% des jeunes Canadiens naissent au Québec en 1996 (Statistiques
Canada). Vingt-cinq ans plus tôt (1971), cette proportion
était de 29.6 %. De 1980 à 1995 (15 ans), il y a
près de 50 000 jeunes québécoises de moins
dans le groupe d'âge des 14-18 ans (MSSS:statistiques
fournies par Madeleine Rochon). Par ailleurs, depuis le début
des années 1990, les Québécoises de souche
française européenne forment le groupe le moins
fécond au Québec, les Anglo-québécoises
et les nouvelles populations immigrantes sont plus fécondes,
mais les groupes aborigènes ont encore les plus hauts taux
de natalité (Les francophones font moins d'enfants que
les anglophones au Québec, La Presse, 2 juin 1993).ne
En 1951, 20 % des enfants vivaient dans des unités familiales
de six enfants et plus,--ces unités familiales fortes assuraient
de façon naturelle la socialisation des individus. Aujourd'hui,
on ne trouve plus que 1 % des enfants de tel environnement familial.
La tendance semble de plus en plus accentuée vers l'enfant
unique. Des chercheurs s'interrogent: « la probabilité
qu'un enfant se retrouve seul est plus grande dans les familles
monoparentales » et chez « les couples en union libre
» ( Les enfants uniques sont plus nombreux etisolés,
article de François Berger, La Presse, 13 mars 1999).
On est en droit de se demander si la politique gouvernementale
ne contribuera pas à amplifier ce phénomène
au cours des prochaines années. Il ne semble pas en effet
qu'on ait pris en compte le fait que la « nouvelle politique
familiale », instaurée par Québec en 1997,
en appliquant ses critères de préférences
et ses aides à la situation vécue par la «nouvelle
majorité» des familles, --que sont les familles de
1 ou 2 enfants--, pourrait encore faire augmenter le nombre de
ces familles au détriment des familles plus nombreuses.
Entre 1960 et aujourd'hui, on peut observer une augmentation de
8 % à 25 % de la proportion des femmes sans enfant, une
diminution des femmes ayant 2 enfants; réduction plus marquée
encore des femmes ayant au moins 3 enfants (de 40 à 20
%) et de celles ayant 4 enfants et plus (de 30 à 8 %)(
Evelyne Lapierre-Adamcyk dans l'intervention citée plus
tôt). Un tel phénomène n'est guère
la manifestation d'une culture porteuse de vie.
Voyons également d'autres évolutions qui ne peuvent
qu'ajouter à la perplexité de ceux qui cherchent
les signes d'une culture porteuse, et qui espèrent, bien
sûr, des interventions propices, en vue des relèvements
nécessaires face à un taux de natalité aussi
bas.
Plus d'avortements
Profitant d'un vide juridique sur la question et de mouvements de propagande particulièrement militants, en position d'influence vis-à-vis le gouvernement et en mesure d'assurer une intervention privilégiée auprès des femmes en situation de grossesse,-- les IVG (interruption volontaire de grossesse) ayant par ailleurs obtenu depuis un financement public, conformément aux vux du lobby féministe, ceci contrastant avec les précautions qui avaient accompagné au début la diffusion des pratiques abortives,--on assiste à une augmentation des avortements, qualifiée de «très forte», au cours des dernières décennies, avec un effet d'accélération pour le moins troublant, dans les années les plus récentes. Ainsi, en 1997, il y aura eu autant que 30 000 IVG au Québec. (Il y avait eu moins de 20 000 avortements en 1988, moins de 10 000 en 1977 et moins de 2000 en 1971). Pour 100 naissances vivantes, on compte 37 avortements. Ce taux serait de 30 au Canada, de 23 en France (Les naissances touchent un creux, les avortements un sommet: rapport du BSQ, La Presse, Montréal, 30 janvier 1999)
...Politique familiale....
Que dire encore? Au cours des dernières décennies, on a assisté à une augmentation phénoménale des grossesses chez nos femmes adolescentes (augmentation de 56 % en 20 ans, selon un article de Sylvie Halpern: Ces enfants qui font des enfants, dans Sélection, Readers Digest, mars 1999)
Baucoup de questions
Quel enseignement pouvons-nous tirer de cela? On n'a pas manqué
de répandre un certain modèle d'éducation
sur le sexe auprès des jeunes. N'est-ce pas l'échec
d'une «éducation» appliquée à
promouvoir le condom, non pas la continence? « On a beaucoup
vanté le condomPar un effet pervers, le succès du
condom a entraîné l'accroissement des grossesses
», note Anne St-Cerny, coordonnatrice de la Fédération
du Québec pour le planning des naissances (La Gazette
de femmes, mai-juin 1999, p.9).
Et s'il y avait quelque chose de plus profond dans ce phénomène?
Si ces grossesses étaient avant tout la manifestation d'un
instinct,-- par ailleurs réprimé, chez les jeunes
femmes,--l'expression d'un formidable attrait pour la maternité?
Cette poussée de vie devrait, en effet, nous interpelleret
nous amener à observer ces pratiques inquiétantes
qui se diffusent sans grands débats de société
pour réprimer les grossesses?
Implants chirurgicaux, pour intercepter les fécondations
ou interrompre les grossesses, pratiques d'IVG à la chaîne,
sans que le recours des parents et/ou des partenaires masculins
soit sollicité: banalisation des séquelles que peuvent
entraîner ces pratiques, déficience des accompagnements
psychologiques et spirituels qu'appelle l'avènement de
la vie dans l'être corporel et spirituel des jeune femmes..
Pour nos jeunes filles de 14 à 18 ans, qui sont enceintes,
l'avortement devient l'issue dans 65 % des cas de grossesse. Qui
soignera la blessure béante que laisse l'avortement dans
la conscience meurtrie? Comment rétablir la confiance chez
ces adolescentes en vue des engagements à la vie matrimoniale?
Et l'adoption des enfants à naître? N'est-il pas
malheureux qu'on ait abandonné toute réflexion à
cet égard, et renoncé à proposer l'adoption
d'enfants à naître, alors qu'il y a de plus en plus
de couples infertiles, qui souhaitent adopter un enfant?
Ne conviendrait-il pas de chercher à rétablir ces
réseaux de solidarité à l'intérieur
de la société québécoise, solidarités
qui, si elles se manifestaient encore, permettraient de répondre
au désarroi de certaines femmes en situation de grossesse
non préméditée, et, d'autre part, de satisfaire
au besoin d'enfant d'un grand nombre de ménages, privés
des enfants qu'ils désirent.
Et des réponses
Cela répondrait également aux grands principes
auxquels une partie importante de la population québécoise
reste vivement attachée: que la vie humaine est sacrée,
que la vie intra-utérine doit être protégée,
que le ftus,-- parce qu'il a une vie autonome dès les premières
semaines de la conception,-- a des droits qu'il convient de promouvoir
et de protéger. ( Louise Desmarais, chercheuse, dans
la revue féministe précédemment citée,
p.18, observe l'avancement des technologies bio-médicales
et fait une prédiction qui ne devrait pas nous surprendre
: « Je pense que l'on tentera bientôt de démontrer
que le ftus souffre, qu'il a des émotions. Et l'argument
du meurtre va rebondir »).
Pour ces ménages qui voudraient devenir des foyers d'adoption,
on n'offre guère d'autre choix que de recourir à
l'adoption internationale. Pas à la portée de toutes
les bourses!. Il en coûte au bas mot pas moins de 20,000$
en frais de tous ordres pour adopter un enfant de cette façon.
Malgré ces coûts considérables, plus de 912
enfants --, le grand nombre provenant de l'Asie, de Chine, particulièrement--,auront
trouvé au Québec, pour la seule année 1998,
un foyer adoptant (Châtelaine, janvier 1999).
Le nombre de ces entrées est tel qu'un réel métissage
est en train de se produire chez nous, ce qui constitue par ailleurs,
à maints égards, un enrichissement culturel, qui
aura quelque effet également sur la diversification du
tissu génétique du peuple québécois.
Vie matrimoniale
Dans le portrait des dérives auxquelles on devrait encore
porter attention, sur lesquelles on devrait chercher à
agir par des politiques pro-actives, il y a le douloureux calvaire
de la vie matrimoniale des Québécois. Les relations
homme-femme sont au niveau le plus bas au Québec.
La guerre des sexes a sévi, ouvrant des voies d'exclusion
où l'acrimonie exulte. Le couple a plutôt mauvaise
presse. Les téléromans québécois ont
eu tendance au cours de la dernière décennie à
établir la rectitude politique du côté de
la monoparentalité et des unions libres. Ces influences
médiatiques, conjuguées à d'autres facteurs,
influent sur les conditions de cohésion des projets marimoniaux.
Au point de compromettre la formation même des nouvelles
familles? Il y a tout lieu de le penser.
Quant au rapport à la natalité, on devine aisément
à quel point les nouvelles moeurs sont perturbantes, comment
elles compromettent la place des enfants dans notre société.
Le Bureau québécois de la statistique (BSQ: 1996)
observe une corrélation entre la baisse du nombre des naissances
et la hausse des ruptures; les comparaisons sous ces rapports
avec les autres provinces canadiennes ne sont pas particulièrement
réjouissantes pour nous (Le Québec et l'Ontario,vraiment
distincts, Le Devoir, 20 janvier 1996).
D'autre part, en observant bien la situation particulière
des Québécois, on découvre que « le
taux d'échec augmente et les divorces se produisent dans
des délais de plus en plus courts » (Baisse du
nombre des naissances;hausse de celui des divorces,dans le Journal
de Montréal ,19 octobre 1996).
Mères célibataires
En 1996, au Québec, 53 % des naissances, qui représentent 45 000 bébés, proviennent de mères non mariées. « C'est trois fois plus qu'en Ontario et près de deux fois plus que la moyenne nationale » ( La Presse, 9 juillet 1998). En 1997, cette proportion atteignait 54.6 % (Lapierre-Adamcyk, déjà citée). Vingt ans plus tôt, on s'inquiétait alors que ce groupe compose 10 % du nombre des foyers. Quand, à la fin de la décennie 70, on a résolu de donner des droits équivalents aux couples en union de fait, quand, au milieu de la décennie 80, dans le texte d'un projet gouvernemental on a refusé de reconnaître le caractère distinct et spécifique du mariage légal pour encadrer la vie de famille, ne semait-on pas les germes de dissolution qui ont eu tôt fait de se diffuser plus abondamment? N'ouvrait-on pas une légitimité de surcroît à des états de vie qui pactisent parfois avec l'irresponsabilité? N'a-on pas contribué à amplifier un mouvement qu'on aura désormais du mal à corriger? N'a-t-on pas sacrifié déjà cette génération de nos jeunes, dont on dit qu'ils sont des décrocheurs, pour un trop grand nombre d'entre eux, et dont le décrochage est le plus souvent en lien direct avec les déficiences du milieu parental?
Stabilité des unions
Une génération d'adultes n'aura pas réussi
à s'accrocher suffisamment à un projet conjugal
et parental pour accepter que cela soit l'objet d'un engagement
civique bien formel, comme le propose l'institution maritale.
Les recherches tendent à confirmer ce que la simple observation
nous avait déjà appris. Les unions de fait sont
souvent moins stables. Les projets de vie sont plus flous. Les
unions durent moins longtemps. Il y naît moins d'enfants,
et les enfants qui y grandissent y vivent souvent des difficultés
qui les affectent souvent de façon durable.
Par ailleurs, à contre-sens du sens commun, mais compte-tenu
de l'augmentation de ce type de foyers, on en arrive à
proposer une normalisation des états de vie où il
n'y aurait plus besoin d'un père,--à la rigueur
des enfants pourraient même être adoptés et
grandir dans des ménages concubins de même sexe:
n'entend-on pas parfois parler de cela comme de quelque chose
qui devrait censément faire l'objet d'une nouvelle normalisation(???).
Politique globale
Toutes ces questions sont liées les unes aux autres.
Alors pourquoi ne pas les examiner toutes à la fois dans
le cadre d'une politique familiale globale? Rien n'est plus néfaste
que l'éparpillement des intérêts concernant
la famille; la dispersion des interventions n'est pas moins préjudiciable,
alors qu'on met en uvre des politiques sectorielles, dont aucune
ne saurait être efficace prise isolément, sans un
concours de convergences.
Les politiques sectorielles qu'on privilégie présentement
ne sont pas neutres. Elles sont susceptibles de produire quelque
effet pervers sur une natalité déjà problématique.
A-t-on véritablement pris la peine de se poser sérieusement
la question, que « notre avenir démographique ne
saurait être esquivé », tel que le formulait
le président du Conseil de la famille dans le rapport annuel
de l'organisme en 1996 ? Les interventions de l'État contribuent
à la stabilité des foyers ou concourent à
l'érosion des cohésions. Certains effets pernicieux
s'instituent parfois, qui n'étaient pas bien visibles au
premier regard. Reconnaître le besoin d'une politique globale,
c'est reconnaître et postuler une cohérence dans
l'ensemble de nos interventions publiques.
C'est pourquoi, dès 1980, dans le groupe des députés
ministériels dont je faisais alors partie, dans le premier
gouvernement dirigé par René Lévesque, nous
avions indiqué l'urgence d'une politique globale sur la
famille, qui prenne en compte aussi bien le souci de la natalité
que le soutien à l'institution maritale et le support aux
couples en difficulté. Les parents devraient parvenir à
surmonter leurs difficultés, car il convient que l'Etat
reconnaisse que les parents ont un rôle essentiel. Il faut
que les parents réussissent à s'acquitter de leur
mission particulière en tant que familles et à assumer
efficacement les engagements que la société attend
d'eux, dont les enfants sont bénéficiaires.
On saura peut-être un jour pourquoi le gouvernement québécois
s'est trouvé empêché à ce jour de procéder
à la mise en uvre d'une politique globale sur la famille
et la population.
D'autre part, les effets dévastateurs des déséquilibres
créés par la dénatalité sont à
peine effleurés chez nous. On ressent déjà
un certain appauvrissement de la vie civique, et le surgissement
de nouveaux problèmes de société dans l'explosion
des foyers où il y a peu d'enfants et où la présence
du père et de la mère font à la fois défaut.
« Les enfants canadiens seraient en déficit de temps
familial. Les enfants n'ont jamais passé si peu de temps
d'éveil avec leurs parents, depuis 60 ans que l'on tient
des statistiques sur ce sujet », observait l'Institut
Vanier de la famille en !997. Cela vaut autant pour le Québec,
alors qu'à plus de 70 % les 2 conjoints se trouvent à
participer à l'activité économique hors du
foyer. Il y a les nécessités économiques,
bien sûr. Parfois, la conquête du «plus avoir»,--
au-delà de la satisfaction des besoins essentiels--, en
vient à compromettre le mieux être et la bonne santé
des ménages, là où les convivialités
familiales font l'objet d'un investissement minimal.
Vieillissement de la population
On assiste à une accélération inquiétante
du phénomène de vieillisssement dans la société
québécoise. D'ici quelques années, la pyramide
des âges sera inversée. « Dans les 35 ans à
venir, l'actuelle population des aînés aura doublé
au Québec », a commenté le démographe
Jacques Henripin, dans un appel adressé aux parlementaires
québécois en janvier dernier. On ne peut guère
avoir en vue, à partir des évolutions présentes,
qu'une situation de gestion publique de plus en plus problématique
s'imposera à nos gouvernants, par l'effet des déséquilibres
accentués dans une pyramide des âges déficiente.
On a fait récemment des choix politiques dans la mise en
uvre d'une nouvelle politique familiale. Certains ont cru voir
que les familles perdantes seraient les familles plus nombreuses.
S'il y avait quelque fondement à cette critique, le gouvernement
du Québec devrait réagir avec diligence et rigueur
pour empêcher que le rapport à la natalité
ne soit encore précarisé. On espère une prise
en compte plus constante et plus vigoureuse des enjeux démographiques
dans la mise en uvre des politiques publiques, particulièrement
celles qui affectent la vie des familles. Il y va de notre avenir.
L'avenir du peuple québécois, nous l'avons vu dans
cet exposé, est bel et bien menacé.